menu
Pénurie de matcha les enjeux

Alimentation

Pénurie de matcha : la réalité derrière le thé à la mode depuis 10 ans

Depuis quelques années, le matcha est partout. Mais vraiment PARTOUT ! Dans les lattés pastels des cafés branchés, les pâtisseries revisitées, les energy balls, les smoothies, et même dans certains cosmétiques. J’avoue, j’adore le matcha, et je l’ai essayé sous tous ses formats (sauf en skincare).

Sa couleur vert fluo intense, son image « healthy » et son storytelling zen en ont fait l’un des symboles les plus visibles de la food « tendance », devenue accessoire de mode à afficher en stories.

Mais derrière cette popularité fulgurante se cache une réalité beaucoup moins instagrammable : une véritable pénurie de matcha, des récoltes fragilisées par le changement climatique, des prix qui explosent et une industrialisation accélérée hors des terroirs historiques.

J’ai publié un carrousel sur instagram sur le sujet de la pénurie de matcha à l’échelle mondiale et de tout ce que cela implique :

https://www.instagram.com/p/DVLcYuXgulH/?img_index=1

L’objectif de cet article n’est pas de culpabiliser. Il est de comprendre. Comprendre pourquoi on parle aujourd’hui de pénurie de matcha, ce que cela signifie concrètement, et comment consommer ce produit avec plus de discernement !

Pénurie de matcha : ce qu’il faut comprendre en 1 minute

  • Oui, la pénurie de matcha est réelle
  • Certaines récoltes ont chuté jusqu’à -40 % à Kyoto
  • Les prix ont augmenté de plus de 100 % dans certaines catégories
  • Le changement climatique fragilise les plantations
  • Les contrefaçons et produits dilués se multiplient

Le matcha n’est pas une ressource infinie. C’est un produit agricole rare, une poudre de thé dépendant d’un climat stable et d’un savoir-faire précis. Le consommer mieux, c’est aussi préserver sa qualité et son avenir !

Le matcha, ce n’est pas « juste » du thé vert moulu

Avant de parler de pénurie de matcha, il faut rappeler une chose essentielle : le matcha n’est pas un simple thé vert passé au moulin.

Le matcha original est issu de feuilles de tencha (une variété de thé spécifique), cultivées à l’ombre pendant environ 20 à 30 jours avant la récolte. Cet ombrage contrôlé augmente la teneur en chlorophylle et en L-théanine, ce qui donne au matcha sa couleur vert intense et son goût umami caractéristique.

La production de matcha de qualité est fortement concentrée au Japon, dans quelques régions historiques comme Uji (préfecture de Kyoto), Nishio ou encore Shizuoka. On parle ici de terroirs, de variétés spécifiques de théiers, de savoir-faire précis et de processus exigeants : cuisson à la vapeur, séchage, retrait des nervures, broyage très fin sur meules de pierre.

Autrement dit, le matcha est un produit agricole et artisanal spécialisé. Sa capacité de production n’est pas infinie. Elle dépend de surfaces limitées, de conditions climatiques spécifiques et d’un travail humain qualifié.

Une demande mondiale de matcha qui explose

La pénurie de matcha s’explique d’abord par une explosion de la demande mondiale. En quelques années, le matcha est passé d’un produit traditionnel consommé dans un cadre culturel et cérémoniel au Japon à un produit mainstream « healthy » en Europe et en Amérique du Nord. Le marché mondial du matcha représente aujourd’hui plusieurs milliards de dollars et continue de croître !

Cette croissance est portée par :

  • les lattes et boissons fonctionnelles dans les cafés et grandes chaînes,
  • les produits ultra-transformés (snacks, glaces, barres protéinées, pâtisseries),
  • les tendances bien-être, vegan, sport et clean lifestyle.

Le matcha est souvent mis dans le même panier que les « superfoods » comme l’açaï, la maca ou les graines de chia. Sauf qu’ici, on parle d’une sorte de « mirco-culture » extrêmement spécialisée, concentrée sur de toutes petits régions et très dépendante du climat.

Pénurie de matcha : des récoltes en baisse et des prix qui flambent

Pour répondre à la demande, la production de tencha a augmenté au Japon ces dernières années. Normal. Mais cette hausse concerne surtout les qualités destinées à l’industrie. Le matcha premium, notamment celui issu des premières récoltes et de cueillettes manuelles, devient plus difficile à produire.

En 2025, la situation s’est particulièrement tendue dans la préfecture de Kyoto, cœur historique du matcha Uji :

  • la production d’Uji tencha cueilli à la main a chuté d’environ 40 %,
  • la première récolte mécanisée a diminué d’environ 18 %,
  • les prix aux enchères ont augmenté de plus de 100 % dans certaines catégories.

Face à cette tension, certaines maisons ont limité les quantités vendues par client. Quand les producteurs eux-mêmes rationnent leurs ventes, on peut raisonnablement parler d’alerte. La pénurie de matcha n’est donc pas un simple effet marketing… Elle repose sur des contraintes réelles d’offre !

Le climat : un facteur clé dans la pénurie de matcha

Le matcha est une culture d’ultra-précision climatique. Les théiers ont besoin :

  • de températures modérées et relativement stables,
  • d’un calendrier de pluie prévisible,
  • d’une période d’ombrage soigneusement contrôlée.

Avec le réchauffement climatique, les régions productrices japonaises font face à :

  • des vagues de chaleur plus fréquentes,
  • des gelées tardives imprévisibles,
  • des pluies prolongées favorisant les maladies fongiques,
  • une pression accrue de ravageurs.

Des pics de chaleur pendant l’ombrage peuvent réduire significativement la teneur en L-théanine, dégradant la qualité gustative. Certaines exploitations ont vu leurs rendements baisser d’environ 25 % lors d’épisodes climatiques extrêmes. La pénurie de matcha est donc étroitement liée au changement climatique : il s’agit d’une ressource agricole à la fois très demandée et très vulnérable.

Un produit pas si neutre écologiquement

Le matcha est souvent présenté comme une alternative plus « verte » au café. La réalité est plus complexe.

Sa production mobilise :

  • des structures d’ombrage (filets, installations spécifiques),
  • parfois des systèmes d’irrigation supplémentaires,
  • une transformation énergivore (vapeur, séchage, broyage fin).

À cela s’ajoute le transport international, principalement du Japon vers l’Europe et l’Amérique du Nord. La montée en puissance de la monoculture de thé, encouragée par la hausse des prix, pose également des questions de biodiversiité et de résilience des paysages agricoles.

Contrefaçons et dilution : quand la pénurie dégrade la qualité

La pénurie de matcha et la pression sur les volumes ont ouvert la porte à plusieurs dérives :

  • poudres vendues comme « matcha » alors qu’il s’agit simplement de thé vert moulu,
  • mélanges avec d’autres plantes (moringa, feuilles de mûrier),
  • ajout d’additifs de couleur, de texture et de gout,
  • produits étiquetés « Product of Japan » provenant d’autres pays (Chine, Vietnam… avec des conditions de production qui n’ont rien à voir),
  • boissons « au matcha » contenant surtout du sucre et des arômes.

Pour alimenter la demande, certains acteurs mélangent des qualités inférieures, ajoutent des colorants ou utilisent des feuilles non ombrées. Résultat : une partie des lattes consommés dans les chaînes ou vendus en grande distribution n’ont ni le profil nutritionnel ni la traçabilité du matcha authentique. Elles sont plus amères, et aussi moins colorées, et n’ont pas le même profil nutritionnel.

Le matcha latté : cet accessoire de mode

Industrialisation hors Japon : un matcha sans terroir

Face à la pénurie de matcha au Japon, la production se développe ailleurs. La Chine est aujourd’hui un acteur majeur, avec des volumes importants destinés à l’industrie. D’autres pays comme le Vietnam, la Corée du Sud, l’Inde ou le Kenya développent également des filières.

Ces productions permettent d’inonder le marché de poudres moins chères. Mais elles reposent souvent sur des modèles de monoculture intensive et standardisée, éloignés du modèle traditionnel japonais, l’utilisation de pesticides et des conditions de travail et de rémunération bien moins sexy que l’image qu’on se fait de la culture du matcha. Comme toujours, dès qu’il y a de l’argent à se faire, il se fait sur le dos de travailleur.euses exploitée.s et d’une agriculture intensive qui impacte négativement l’environnement.

On observe ainsi un décalage croissant entre un storytelling « art de vivre japonais » et une réalité de produit globalisé et industrialisé, pesticidé, issu de conditions de travail extrêmement variables et pas toujours traçables.

Comment réagir face à la pénurie de matcha ?

Il ne s’agit pas d’abandonner le matcha, mais de le remettre à sa juste place de produit rare :

  • Réserver le matcha (de qualité, toujours) à des moments privilégiés plutôt qu’à une consommation régulière automatique.
  • Choisir des marques transparentes sur l’origine (Uji, Nishio, Shizuoka), la récolte et le type de matcha.
  • Accepter de payer le vrai prix d’un produit authentique.
  • Varier ses sources de caféine : café filtre, autres thés verts non ombrés, infusions, plantes locales.
  • Éviter les « mix au matcha » ultra-sucrés et peu traçables.

Se calmer sur le matcha, ce n’est pas renoncer au plaisir. C’est faire le choix d’un moment conscientisé plutôt que d’un réflexe. Et surtout, c’est reconnaître qu’un produit agricole rare et fragile mérite d’être consommé avec respect.

Chaque latte n’est pas anodin. Il s’inscrit dans un système agricole, économique et écologique global. En prenant conscience de cette réalité, on peut continuer à apprécier le matcha, mais autrement : moins souvent, mieux choisi, et avec une compréhension plus fine de ce qu’il représente.

Est-ce qu’il existe des alternatives au matcha ?

Si vous avez envie de tester des alternatives, j’ai eu de très bons résultats dans les desserts avec de la poudre d’ortie. On dirait vraiment du matcha ! Ca passe très bien dans des cookies, par exemple. En plus, l’ortie est excellente pour la santé.

Pour le latté, j’ai préféré la poudre de tilleul. Le seul souci, c’est que ça ne se mélange jamais aussi bien qu’un matcha, car ce n’est jamais moulu aussi fin… si vous avez envie de vous lancer dans la production d’un matcha local à base d’ortie ou de tilleul, il y a une place à prendre !

FAQ – Pénurie de matcha

Y a-t-il vraiment une pénurie de matcha ?

Oui. La pénurie de matcha concerne surtout les qualités premium issues des terroirs historiques japonais. Les récoltes ont été affectées par le climat et la demande mondiale a fortement augmenté.

Pourquoi parle-t-on de pénurie de matcha ?

En 2025, certaines productions de tencha à Kyoto ont chuté jusqu’à 40 %, tandis que les prix aux enchères ont fortement augmenté. La combinaison climat + explosion de la demande explique cette tension.

Le changement climatique joue-t-il un rôle dans la pénurie de matcha ?

Oui. Les vagues de chaleur, gelées tardives et pluies prolongées fragilisent les théiers. Le matcha étant une culture d’ultra-précision, il est particulièrement sensible aux dérèglements climatiques.

Pourquoi trouve-t-on encore du matcha partout malgré la pénurie ?

La pénurie concerne surtout le matcha de haute qualité. L’industrie compense avec des qualités inférieures, des mélanges ou des productions hors Japon, souvent moins exigeantes.

Comment éviter les contrefaçons de matcha ?

Privilégier les marques transparentes sur l’origine (Uji, Nishio, Shizuoka), vérifier le type de matcha (cérémonial ou culinaire) et éviter les mélanges sucrés ou flous sur la provenance.

Partager cet article sur Pinterest :

Pénurie de matcha les enjeux

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *