Dernière mise à jour le 16 février 2026
À l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, le 2 février, j’ai souhaité proposer un article de fond sur ces écosystèmes encore trop souvent méconnus, alors même qu’ils jouent un rôle absolument central pour le fonctionnement du vivant, la régulation de l’eau et notre qualité de vie.Si tu préfères une entrée plus visuelle et synthétique, j’ai également publié un carrousel pédagogique sur Instagram, à retrouver ici :
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Cet article propose une approche plus approfondie, en prenant le temps d’expliquer ce que sont les zones humides, pourquoi elles sont si importantes, pourquoi elles disparaissent, et comment leur préservation constitue un enjeu écologique, social et territorial majeur.
Qu’appelle-t-on une zone humide ?
Une zone humide est un milieu où l’eau est présente de manière permanente ou temporaire, en surface ou dans les sols. Cette présence de l’eau conditionne directement la nature des sols, la végétation qui s’y développe et les espèces animales qui y trouvent refuge, nourriture ou lieux de reproduction.
En France, la définition juridique des zones humides repose sur deux critères principaux : la présence de sols hydromorphes (gorgés d’eau) et/ou une végétation dominée par des plantes dites hygrophiles, adaptées à des conditions humides au moins une partie de l’année.
Les zones humides ne sont pas des milieux figés. Elles fonctionnent selon des dynamiques saisonnières, interannuelles et hydrologiques complexes, ce qui en fait des écosystèmes particulièrement vivants et productifs.
Une grande diversité de milieux
Le terme « zones humides » recouvre une grande variété de milieux : marais, tourbières, prairies humides, mares, étangs, rivières et zones d’expansion des crues, lagunes, marais salés, mangroves dans d’autres régions du monde.
Ces milieux peuvent être naturels, semi-naturels ou parfois issus d’usages anciens, mais tous partagent une caractéristique commune : leur fonctionnement dépend étroitement de la circulation et du stockage de l’eau.
Un rôle clé à l’échelle mondiale
À l’échelle de la planète, les zones humides ne couvrent qu’environ 6 % des terres émergées. Pourtant, près de 40 % des espèces végétales et animales dépendent directement de ces milieux à un moment de leur cycle de vie, que ce soit pour se nourrir, se reproduire ou trouver refuge.
Ce chiffre illustre un déséquilibre frappant entre la surface occupée par les zones humides et leur importance écologique. Elles figurent parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité et les plus productifs du globe.
Les zones humides existent aussi en ville
Contrairement à une idée largement répandue, les zones humides ne sont pas uniquement des milieux lointains ou isolés. Elles existent aussi en milieu urbain et périurbain, sous des formes parfois discrètes : mares, étangs, berges de rivières et de canaux, parcs inondables, friches humides, zones de rétention végétalisées.
Dans les villes, ces milieux jouent un rôle particulièrement important dans un contexte de changement climatique et d’artificialisation des sols.
Des éponges naturelles face aux inondations
Les zones humides sont souvent décrites comme des « éponges naturelles ». Elles absorbent l’eau lors des épisodes de fortes pluies ou de crues, la stockent temporairement, puis la restituent lentement.
Ce mécanisme permet de ralentir les écoulements, de limiter les pics de crue et de réduire les risques d’inondation en aval. Là où les sols artificialisés accélèrent le ruissellement, les zones humides jouent un rôle de régulation indispensable.
Les “reins de la planète” : un rôle clé pour la qualité de l’eau
Grâce à leurs sols et à leur végétation, les zones humides participent activement à l’amélioration de la qualité de l’eau. Elles filtrent naturellement de nombreux polluants, piègent les sédiments, et contribuent à la recharge des nappes phréatiques.
C’est pour cette raison qu’on les qualifie parfois de « reins de la planète » : elles assurent une fonction d’épuration et de régulation essentielle au cycle de l’eau.
Un cadre de vie amélioré pour les humains
En milieu urbain, les zones humides contribuent également au bien-être humain. Elles participent à la création d’îlots de fraîcheur, atténuent les effets des vagues de chaleur et offrent des espaces de calme et de respiration au cœur de territoires souvent très minéralisés.
De nombreuses études montrent que le contact avec des milieux naturels, en particulier des milieux liés à l’eau, a des effets positifs sur la santé physique et mentale.
Des réservoirs majeurs de biodiversité
Les zones humides abritent une biodiversité exceptionnelle : amphibiens, oiseaux d’eau, insectes, poissons, plantes spécialisées. En France, près de la moitié des espèces d’oiseaux dépendent des zones humides à un moment de leur cycle de vie.
La disparition ou la dégradation de ces milieux entraîne donc des effets en cascade sur l’ensemble des écosystèmes.
Des écosystèmes parmi les plus menacés
Les zones humides figurent parmi les milieux naturels qui ont le plus fortement régressé au cours du XXe siècle. En France, les études montrent une disparition massive de ces milieux, notamment entre les années 1960 et 1990, principalement en raison du drainage agricole, de l’urbanisation et de l’artificialisation des sols.
À l’échelle mondiale, les pertes sont également considérables, ce qui place les zones humides parmi les écosystèmes les plus menacés aujourd’hui.
Un équilibre fragile, mais réversible
Le fonctionnement des zones humides repose sur un équilibre fin entre eau, sols, végétation et usages humains. Lorsque les circulations naturelles de l’eau sont perturbées, cet équilibre se rompt.
Cependant, les pressions qui s’exercent sur ces milieux sont bien identifiées. De nombreux projets de restauration montrent que lorsque l’on redonne de l’espace à l’eau et que l’on adapte les pratiques, les zones humides peuvent retrouver rapidement une grande partie de leurs fonctions écologiques.
Préserver les zones humides : un enjeu collectif
La préservation des zones humides repose à la fois sur des politiques publiques ambitieuses, des outils de gestion adaptés, et une implication des acteurs locaux : collectivités, agriculteurs, associations, habitants.
À l’échelle individuelle, s’informer, apprendre à reconnaître ces milieux, les respecter et soutenir les actions locales constitue déjà une forme d’engagement.
Découvrir et agir près de chez soi
Tout au long du mois de février, les Conservatoires d’espaces naturels et de nombreuses associations naturalistes proposent des sorties, balades et animations pour faire découvrir les zones humides près de chez soi.
Ces temps de découverte sont souvent accessibles au grand public et constituent une excellente manière de mieux comprendre ces milieux pour mieux les protéger.
Conclusion
Les zones humides ne sont ni marginales ni secondaires. Elles sont au cœur des enjeux liés à l’eau, à la biodiversité, au climat et à l’aménagement des territoires.
Les connaître, c’est déjà faire un premier pas vers leur préservation. Dans un contexte de crises écologiques multiples, elles apparaissent plus que jamais comme des alliées indispensables.
Sources et ressources complémentaires :
- Convention de Ramsar sur les zones humides
- Préserver les zones humides : un PDF de RAMSAR
- Office français de la biodiversité (OFB)
- Zones-humides.org – centre de ressources national
- Ministère de la Transition écologique – Zones humides
- Journée mondiale des zones humides – Nations Unies
- Data.gouv.fr – inventaires et cartographies des zones humides