En bref : certaines plantes ultra populaires en herboristerie et bien-être posent problème parce que la demande explose plus vite que la ressource (et que la traçabilité). Ici, je t’explique pourquoi (écologie, social, filières) et par quoi les remplacer avec des alternatives souvent plus locales, plus communes et largement suffisantes dans la majorité des usages.
Avant de commencer : comment reconnaître une “plante à problème” ?
Tu n’as pas besoin de devenir expert.e des chaînes d’approvisionnement mondiales pour faire des choix plus cohérents. Quelques signaux d’alerte reviennent très souvent :
- La plante pousse lentement ou dans des milieux extrêmes : la ressource se reconstitue mal.
- On récolte une partie vitale (racine, écorce) : on détruit la plante, donc la pression est plus forte.
- La plante est devenue une “tendance” : l’effet mode attire une demande énorme, souvent sans encadrement.
- La traçabilité est floue : origine non indiquée, pas de méthode de récolte, aucune info sur la filière.
- Le produit est vendu comme un “rituel” exotisé : attention aux enjeux culturels, sociaux et écologiques.
Et maintenant, place aux 6 plantes du carrousel !
1. L’arnica
L’arnica, c’est le produit “réflexe” des bleus, coups, contusions, douleurs musculaires et petits bobos du quotidien. On le trouve partout, notamment en pharmacie, sous forme de gel, crème, huile, ou préparation homéopathique. Le souci, c’est que face à l’explosion de la demande, les ressources naturelles ont du mal à suivre.
Les populations sauvages reculent, et même si l’arnica peut être cultivée, la culture n’est pas simple du tout et les quantités produites restent très anecdotiques par rapport aux quantités demandées sur le marché. Dans certains contextes, les filières s’approvisionnent aussi en cueillette sauvage excessive, parfois en dehors des règles, ce qui met encore plus de pression sur la plante.
Que faire à la place ?
- Le froid : oui, c’est la solution la plus simple et souvent la plus efficace. Poche de froid, tissu + glaçons, ou même un sachet de petits pois congelés (le classique).
- Si tu veux vraiment de l’arnica : privilégie les produits qui indiquent clairement une origine cultivée et une filière tracée.
- Des alternatives très communes : la pâquerette et l’achillée millefeuille remplacent très bien l’arnica dans la majorité des usages “petits chocs et inconforts”.
Mini rappel pratique : si on parle d’un choc important, d’un hématome qui grossit, d’une douleur forte ou persistante, ou d’une entorse sévère, ce n’est pas la pâquerette qui doit faire tout le travail toute seule. Dans le doute, avis médical.
2. Le palo santo
Ces dernières années, le palo santo s’est imposé dans les pratiques de fumigation, méditation, “purification”, et tout ce que le marketing new age a charrié avec lui de modes empreintes d’appropriation culturelle. Ce bois parfumé vient d’Amérique du Sud et devient rare dans certaines régions à cause de la surexploitation.
À cela s’ajoutent des enjeux sociaux : accès aux ressources, respect des communautés locales, traçabilité. Beaucoup de produits vendus en Europe ne mentionnent ni provenance exacte, ni méthode de récolte. Résultat : une filière parfois énorme, mais très difficile à lire, donc très difficile à évaluer.
Alternatives au palo santo
D’abord, remettons un truc au centre du jeu : si ton objectif est “assainir” l’air, aérer est une méthode étonnamment efficace (si, si). Si ton objectif est plutôt l’odeur, l’ambiance, le rituel, tu peux faire des fumigations avec plein d’autres plantes !
Et il y a aussi une question culturelle : pourquoi s’approprier un rituel issu d’une spiritualité qui n’est pas la nôtre, dont on ne connaît parfois ni les codes ni l’histoire ? Si c’est le geste qui t’intéresse, tu peux utiliser des pratiques et plantes issues de ta propre culture, avec des ressources plus accessibles et souvent mieux traçables.
À titre d’exemple, voici les plantes souvent utilisées en Europe pour la fumigation et qui ne sont pas menacées :
- Romarin
- Thym
- Laurier
- Armoise
Tu peux trouver ces plantes en vrac (tisanes), chez des producteurs locaux, ou sous forme de fagots/bâtons de fumigation faits en France. L’intérêt : ressources plus communes et filières potentiellement plus lisibles.
Sécurité : fumigation = combustion. Ventile, éloigne les textiles, fais ça loin des enfants, et évite si tu as des sensibilités respiratoires (asthme, etc.).
3. La sauge blanche (Salvia apiana)
On la reconnaît souvent à son aspect duveteux et grisé. Elle est devenue un classique des “smudge sticks” vendus pour la fumigation. Et elle cumule les mêmes problèmes que le palo santo : la sauge blanche vient du continent américain et elle est surexploitée pour satisfaire une demande mondiale boostée par les tendances bien-être.
Dans les faits, l’argument “c’est naturel” ne suffit pas : naturel ne veut pas dire illimité. Une ressource peut être naturelle et quand même être détruite par une demande disproportionnée.
Que faire à la place ?
Exactement la même logique que pour le palo santo :
- privilégier les plantes locales (romarin, thym, laurier, armoise)
- chercher des producteurs avec une filière tracée
- ou garder le rituel mais en le réancrant sur des ressources et usages plus proches de ton territoire et des spiriualités de ton propre héritage culturel.
Et si ton objectif est “se recentrer” : une bougie, une infusion, une fenêtre ouverte et 3 respirations lentes font parfois une fumigation très correcte, sans dépendre d’une plante surexploitée.
4. La rhodiole (Rhodiola rosea)
La rhodiole est très utilisée contre le stress et la fatigue. Elle pousse dans des milieux très extrêmes et met plusieurs années à se développer. Et surtout, on récolte la racine, ce qui implique d’arracher la plante entière. Quand la demande mondiale explose, la cueillette sauvage s’intensifie, souvent sans encadrement solide ni traçabilité, entraînant un déclin de la ressource.
Elle est inscrite à l’Annexe II de la CITES, ce qui signifie que sa récolte et son usage sont encadrés car son exploitation menace actuellement la survie de l’espèce.
Alternatives à la rhodiole selon l’objectif
Si la rhodiole est utilisée contre la fatigue :
- Ortie : tonique général, reminéralisante
- Romarin : stimulant doux, clarté mentale
- Églantier (cynorrhodon) : riche en vitamine C (selon les préparations et la conservation)
- Coquelicot : Régule les cycles du sommeil
- Ou cette bonne vieille mélatonine, qui a l’avantage d’être synthétique et redoutablement efficace !
Si elle est utilisée contre le stress :
- Mélisse : apaisante, souvent utilisée pour la nervosité
- Tilleul : détente nerveuse, soutien du sommeil
Note importante : si tu prends des médicaments, si tu as une pathologie, si tu es enceinte/allaitante, demande conseil à un professionnel. “Plante” ne veut pas dire “sans interaction”.
5. L’harpagophytum
L’harpagophytum, tu ne le connais peut-être pas, mais c’est une star des douleurs articulaires. Il vient d’Afrique australe (notamment Namibie, Botswana) et il est très présent en gélules ou compléments. Le problème : les conditions de récolte sont souvent opaques. Intermédiaires, absence de contrôles, faibles revenus pour les cueilleurs.euses, manque de transparence sur les quotas, les méthodes, les salaires… tout ça existe et rend le choix difficile pour le consommateur.
On se retrouve avec une ressource naturelle qui génère du chiffre, mais dont la base (la récolte) peut reposer sur des populations précaires et des règles peu lisibles. Et franchement, c’est exactement le genre d’achat où tu as le droit d’avoir un petit doute éthique, sans te flageller.
Alternative locale : la scrofulaire noueuse
Bonne nouvelle : il existe des alternatives. Dans une logique d’herboristerie plus locale, on cite parfois la scrofulaire noueuse comme option intéressante dans certains contextes articulaires. Elle est considérée par certain.e.s praticien.ne.s comme une plante de terrain précieuse. On peut la trouver sous forme de compléments dans certains circuits.
Acheter de la scrofulaire noueuse : chez Herboristerie Paysanne ou chez Douladilune par exemple !
Et plus largement : sur les douleurs articulaires, il y a aussi une question d’approche globale (mouvement adapté, renforcement, hygiène de vie, accompagnement médical quand nécessaire). Les plantes peuvent soutenir, mais elles ne sont pas le seul levier.
6. Le pygeum (Prunus africana)
Le pygeum, ou Prunus africana, est surtout connu pour ses usages liés à la santé de la prostate. Il est très présent dans les compléments alimentaires “pour hommes”, souvent présenté comme une solution naturelle incontournable. Le problème, là encore, ne vient pas tant de l’usage que de la manière dont la ressource est exploitée.
Le pygeum est un arbre originaire d’Afrique centrale et orientale. Pour obtenir les extraits utilisés en complément, on récolte son écorce. Et quand l’écorce est prélevée de manière intensive ou mal encadrée, cela peut affaiblir gravement l’arbre, voire entraîner sa mort. Avec l’augmentation de la demande mondiale, la pression sur les populations sauvages s’est accentuée.
Le pygeum a fait l’objet de nombreuses alertes et a été inscrit à l’Annexe II de la CITES, ce qui signifie que son commerce international est réglementé afin d’éviter une surexploitation mettant l’espèce en danger. En pratique, cela n’empêche pas totalement les dérives : traçabilité incomplète, filières peu lisibles, contrôles inégaux selon les pays.
Comme pour d’autres plantes de cet article, on se retrouve avec une ressource naturelle issue de territoires déjà fragilisés, exploitée pour alimenter un marché mondial lucratif, alors que les bénéfices pour les populations locales restent souvent faibles ou mal documentés.
Quelles alternatives au pygeum ?
Sur les problématiques de prostate et de sphère urinaire, il existe des pistes alternatives qui permettent de diversifier les approches et de réduire la dépendance à une seule plante surexploitée :
- Les graines de courge : une poignée par jour a un effet très bénéfique sur la prostate !
- Une approche globale : hygiène de vie, suivi médical, activité physique adaptée, et accompagnement par un professionnel sont essentiels. Les plantes peuvent soutenir, mais ne remplacent pas un diagnostic ou un suivi.
Comme pour les autres plantes évoquées ici, l’enjeu n’est pas de bannir définitivement le pygeum, mais de ralentir sa consommation, de questionner l’origine des produits, et d’accepter qu’il n’existe pas toujours une plante “miracle” sans impact.
Ok, mais comment choisir sans y passer sa vie ?
Tu peux garder ça très simple avec une mini check-list. À chaque fois que tu veux acheter une plante “tendance” ou exotique, pose-toi ces questions :
- Est-ce que je sais d’où ça vient ? (pays, région, filière)
- Est-ce que la partie utilisée est critique ? (racine, écorce = pression plus forte)
- Est-ce qu’il existe une alternative locale ? (souvent oui)
- Est-ce que mon objectif est clair ? (fatigue, stress, douleur, rituel)
- Est-ce que le produit donne des infos sérieuses ? (traçabilité, labels, producteur identifié)
Et si tu veux une règle très pragmatique : quand une plante devient une “icône” marketing mondiale, c’est souvent le moment de lever un sourcil et de chercher un plan B.
Ressources :
Si je ne devais vous recommander qu’un livre sur le sujet, c’est bien évidemment Le manuel de phytothérapie écoresponsable du Dr Aline Mercan préfacé par Joël Labbé : un livre essentiel pour la pratique de l’herboristerie et de la phytothérapie, publié aux excellentes éditions Terre Vivante ! Vous pouvez le trouver directement sur le site de l’éditeur !
Comment je peux agir ?
Au delà d’arrêter d’acheter ces plantes, tu peux solliciter tes labos préférés pour leur demander des alternatives. Et tu peux, bien sûr, partager l’information !
Conclusion
Il ne s’agit pas ici d’être “puriste”, ni une leçon de morale. Moi aussi, j’ai déjà acheté de la rhodiola, de la sauge blanche et du palo santo sans avoir connaissance de tout ça. Il s’agit plutôt d’une invitation à remettre un peu de cohérence dans un marché qui transforme parfois les plantes en objets de consommation déconnectés de leur réalité : une plante, ça pousse quelque part, ça a un rythme, une écologie, et derrière il y a des humains et des territoires.
Dans beaucoup de cas, le choix le plus logique n’est pas “plus rare”, “plus exotique” ou “plus instagrammable”. C’est plus proche, plus commun, plus traçable. Et souvent, ça marche très bien.
Si tu veux la version synthétique et visuelle, le carrousel est aussi dispo sur Instagram. Et ici, je mettrai à jour l’article si j’ajoute d’autres plantes ou si je précise certaines filières avec plus d’infos !
https://www.instagram.com/p/DT–8CCAhPX/?img_index=1
Note : ce contenu est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes importants, persistants, ou si tu suis un traitement (ou si tu es enceinte/allaitante), demande conseil à un professionnel de santé.
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Les plantes menacées qu’il faut arrêter d’acheter !










