Dernière mise à jour le 8 septembre 2026
Selon la croyance populaire (y compris la mienne jusqu’à l’un de mes premiers cours de botanique), le lierre grimpant (Hedera helix de son petit nom latin) est considéré comme étant non seulement invasif mais surtout destructeur. Le lierre est perçu comme un ennemi des jardins et des arbres. Pourtant, il joue un rôle écologique essentiel ! Il soutient la biodiversité, protège les sols et fournit nourriture et abri à de nombreuses espèces, sans nuire aux arbres tant qu’ils sont en bonne santé.
Alors, d’où peut bien venir cette mauvaise réputation ? Et comment réhabiliter cette plante qui est, on va le voir : essentielle ? Allez hop, découvrons ensemble les caractéristiques uniques du lierre, ses bienfaits pour l’environnement et les raisons pour lesquelles il mérite d’être protégé !
Le lierre : des caractéristiques rares et précieuses !
Le lierre grimpant est une plante vivace et persistante que l’on trouve dans une grande partie de l’Europe. Grâce à ses petites racines crampons trop mims, il s’accroche aux murs, arbres et autres surfaces pour atteindre la lumière. Contrairement à une idée reçue, il ne parasite pas les arbres et ne prélève aucun nutriment ni aucune sève à son arbre-hôte !
Cette capacité d’escalade assez unique en son genre en fait une plante pionnière, capable de se plaire dans des conditions difficiles. Par exemple, on le retrouve souvent dans des espaces urbains dégradés, où il contribue à restaurer des micro-écosystèmes à l’ombre de son feuillage persistant.
Un détail important : le lierre ne s’enroule pas autour des troncs, comme le ferait une glycine. Il accompagne la croissance de l’arbre en s’écartant progressivement au fur et à mesure que ce dernier s’épaissit.
Vous trouverez plus d’informations botaniques sur le lierre sur sa page Wikipédia ou sa fiche Tela Botanica !

Les racines crampons du lierre servent uniquement à s’accrocher : elles ne prélèvent rien à l’arbre. Photo @coucoulesplantes
Le lierre, un allié indispensable pour la biodiversité ?
Le lierre est refuge pour la petite faune !
Le lierre joue un rôle crucial en offrant un abri et une source de nourriture à de nombreuses espèces d’animaux et d’insectes ! Ses feuilles persistantes protègent les oiseaux, les insectes et même les chauves-souris des intempéries. Les mésanges nichent souvent dans le feuillage dense du lierre. Les hérissons, quant à eux, y trouvent un refuge hivernal, et particulièrement dans les jardins où les cachettes naturelles manquent.
Le lierre est une plante mellifère, qui nourrit les pollinisateurs !
Le lierre est l’une des dernières plantes à fleurir dans l’année, souvent en automne. Ses fleurs discrètes offrent du nectar et du pollen essentiels aux abeilles, guêpes et autres pollinisateurs essentiels à la biodiversité, à une période où peu d’autres plantes sont encore en fleurs… et du coup, le lierre fait ses fruits en hiver, offrant ainsi à manger aux oiseaux et aux insectes à une période où il y a justement très peu d’autres fruits à disposition pour se nourrir… merci le lierre !
Un exemple frappant : dans certaines régions de France, les colonies d’abeilles dépendent fortement des fleurs de lierre pour accumuler leurs dernières réserves avant l’hiver.
Pour plus d’informations, explorez cet excellent article sur le rôle du lierre dans la biodiversité.

Les baies du lierre mûrissent en plein hiver, quand les oiseaux ne trouvent presque plus rien à manger. Photo @coucoulesplantes
Le lierre a un rôle écologique clé dans les forêts et les jardins
Protection des sols et lutte contre l’érosion
En couvrant le sol avec son feuillage dense, le lierre limite l’érosion causée par la pluie et le vent. Cette propriété est particulièrement précieuse dans les zones en pente ou les sols sableux. En retenant l’humidité, il crée un microclimat favorable à la croissance de nombreuses autres plantes ! L’érosion étant un problème majeur de notre société contemporaine, arracher le lierre est vraiment dommageable.
Un rôle mal compris dans les forêts…
Bien qu’accusé d’étouffer les arbres, le lierre ne fait que grimper pour accéder à la lumière. Toutefois, il peut poser problème sur des arbres affaiblis, car son poids peut augmenter leur prise au vent. Il accélère donc la chute d’arbres déjà bien malades et fragilisés. Mais un arbre en bonne santé supportera parfaitement le poids d’un lierre !
Dans les forêts plus anciennes, le lierre joue également un rôle en maintenant un couvert végétal pour des espèces sensibles comme certaines fougères ou certaines mousses.

La floraison automnale du lierre : le dernier grand repas des pollinisateurs avant l’hiver. Photo @coucoulesplantes
Les bienfaits médicinaux du lierre
Le lierre fait partie de ces plantes sauvages médicinales utilisées depuis des siècles, mais qui se manient avec une grande prudence. Ses feuilles sont riches en saponines, et on les retrouve dans de nombreux sirops contre la toux. Selon l’EMA (Agence européenne des médicaments), les préparations de feuille de lierre sont reconnues comme expectorant en cas de toux grasse, un usage bien établi, et réservé aux adultes et aux enfants à partir de 2 ans.
En cosmétique, le lierre est traditionnellement réputé pour des propriétés apaisantes et « drainantes », notamment dans des macérats huileux appliqués en massage sur les zones dites « capitons » (cellulite).
Attention : le lierre cru est toxique. Son usage médicinal ne s’improvise pas et doit être encadré par un professionnel de santé, avec des préparations dosées. En savoir plus sur les usages médicinaux du lierre sur le Vidal.
Dans la catégorie des plantes à ne pas utiliser à la légère, la grande chélidoine et le millepertuis méritent également qu’on s’y attarde !
Le lierre et ses recettes pour la peau et la maison
Le lierre grimpant est un allié polyvalent pour des usages domestiques respectueux de l’environnement. Ses feuilles, qui sont présentes toute l’année, peuvent être utilisées pour fabriquer une lessive maison écologique aux feuilles de lierre grâce à leurs propriétés naturellement saponifiantes, permettant de nettoyer le linge sans produits chimiques. Le lierre est également utilisé pour préparer un macérat huileux maison, traditionnellement réputé raffermissant, souvent appliqué en massage. Cependant, il est crucial de souligner que le lierre ne doit jamais être consommé, car il est toxique. De plus, ses feuilles contiennent des composés irritants pouvant provoquer des réactions cutanées chez certaines personnes. Il est donc recommandé de porter des gants lors de sa manipulation.
Réhabilitons le lierre dans nos jardins !

En pleine lumière et en hauteur, le lierre change de forme : ses feuilles perdent leurs lobes et la plante devient arbustive. C’est seulement à ce stade qu’elle fleurit. Photo @coucoulesplantes
Le lierre est une plante mal comprise, mais elle joue un rôle essentiel pour la biodiversité et la protection des écosystèmes. Plutôt que de l’éradiquer, apprenons à le gérer intelligemment et à en tirer parti. Avec un entretien régulier, cette plante peut devenir un véritable atout écologique.
Alors, pourquoi ne pas inviter le lierre dans votre jardin et contribuer à la préservation de la nature ? Partagez cet article avec vos proches pour sensibiliser davantage de personnes aux bienfaits du lierre !
Toutes les images illustrant cet article sont la propriété de l’autrice de l’article.
FAQ : vos questions sur le lierre grimpant
Le lierre étouffe-t-il les arbres ?
Non. Le lierre n’est pas un parasite : il ne prélève ni sève ni nutriments à son arbre-hôte, il grimpe seulement pour atteindre la lumière. Un arbre en bonne santé supporte parfaitement un lierre. Le lierre ne peut poser problème que sur un arbre déjà affaibli ou malade, dont il augmente la prise au vent.
Le lierre est-il toxique ?
Oui, le lierre grimpant (Hedera helix) est toxique s’il est consommé cru, et ses feuilles peuvent irriter la peau. Il ne doit jamais être ingéré, et son usage médicinal doit être encadré par un professionnel de santé avec des préparations dosées. Portez des gants pour le manipuler.
Le lierre est-il utile pour la biodiversité ?
Oui, énormément. Le lierre fleurit tard dans l’année et fructifie en hiver, offrant nectar, pollen et baies à un moment où peu d’autres plantes en fournissent. Il abrite oiseaux, insectes, chauves-souris et hérissons, limite l’érosion des sols et participe à la fraîcheur urbaine.
Ressources
🧬 Articles scientifiques
- Typologie de l’implantation de la flore spontanée en ville dense (Xavier Lagurgue, Flavie Mayrand, Philippe Clergeau, 2019) : caractérise les situations d’implantation de la flore spontanée en milieu urbain dense et les interactions entre le végétal et le bâti. Consulter (MNHN / HAL)
- Un exemple d’interaction non compétitive entre espèces ligneuses : le cas du lierre arborescent (Hedera helix L.) dans la forêt alluviale (M. Trémolières, R. Carbiener, A. Exinger et al., 1988) : montre que le lierre n’agit pas comme un compétiteur agressif mais coexiste avec les arbres hôtes.
- Quelques aspects de la décomposition des litières de lierre en forêt alluviale (forêt rhénane) (M. Trémolières, R. Carbiener, A. Exinger et al., 1985) : explore la décomposition des litières de lierre et leur rôle dans le cycle des nutriments.
- Écologie alimentaire d’une population de chevreuils (Capreolus capreolus L.) introduite en milieu méditerranéen (C. Guilhem, E. Bideau, J.F. Gérard et al., 1995) : note l’utilisation du lierre comme source de nourriture par les chevreuils.
- Promoting and Preserving Biodiversity in the Urban Forest (Alexis A. Alvey, 2006) : moyens de promouvoir la biodiversité dans les forêts urbaines, dont le rôle de végétaux comme le lierre. Consulter (DOI)
- Green Facades and Living Walls: A Review (Mina Radić, Marta Brković Dodig, Thomas Auer, 2019) : classification des systèmes de verdure verticale, dont le lierre, et cartographie de leurs bénéfices environnementaux. Consulter (DOI)
- Quantifying the Thermal Performance of Green Façades: A Critical Review (Annie M. Hunter, Nick Williams et al., 2014) : évaluation de la performance thermique des façades végétalisées, notamment avec des plantes grimpantes comme le lierre. Consulter (DOI)
- Greening the Building Envelope: Façade Greening and Living Wall Systems (Katia Perini, Marc Ottelé et al., 2011) : bénéfices des enveloppes de bâtiment végétalisées, dont l’usage du lierre en milieu urbain. Consulter (DOI)
- The Effects of Dust on Vegetation: A Review (Andrew Farmer, 1993) : impacts des poussières sur la végétation et rôle de capture de particules polluantes, pertinent pour les plantes grimpantes comme le lierre. Consulter (DOI)
📚 Ressources web
- Le lierre, une arme pour la biodiversité et contre le réchauffement climatique (Tela Botanica) : rôle du lierre dans la biodiversité et la réduction des îlots de chaleur urbains. Consulter (Tela Botanica)
- Le lierre, une arme pour la biodiversité et contre le réchauffement climatique (DEFI-Écologique) : avantages écologiques du lierre, refuge pour la faune, réduction de la chaleur urbaine, propriétés dépolluantes. Consulter (Défi Écologique)
- Le lierre, une aubaine pour la faune (Ligue pour la Protection des Oiseaux) : importance du lierre pour la faune grâce à sa floraison tardive et ses baies hivernales. Consulter (LPO)
- Le lierre en fleurs : quelle est son importance pour la biodiversité ? (BEDE Asso) : la floraison tardive du lierre comme source de nectar essentielle pour les pollinisateurs. Consulter (BEDE Asso)
- Lierre grimpant – Phytothérapie (Vidal) : usages du lierre en phytothérapie pour dégager les voies respiratoires et apaiser la toux grasse. Consulter (Vidal)
- Le lierre grimpant en herboristerie (Herboristerie du Palais Royal) : présentation des feuilles de lierre grimpant en vrac et de leur utilisation. Consulter (Herboristerie du Palais Royal)
Pour aller plus loin : mes livres conseillés
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⚠️ Petit rappel important avant d’aller plus loin :
Cet article est proposé à des fins d’information et de sensibilisation. Je ne suis ni médecin, ni pharmacienne, et ce contenu ne remplace en aucun cas un avis médical. Les plantes médicinales, aussi précieuses soient-elles, ne sont pas dénuées de risques : interactions médicamenteuses, effets secondaires, erreurs d’identification… Avant toute utilisation, surtout en cas de traitement en cours ou de terrain allergique, il est indispensable de demander conseil à un professionnel de santé. Je m’efforce de partager des données fiables, sourcées et vérifiables, mais je vous encourage vivement à croiser les informations, et à rester prudent·e dans votre pratique. La nature est belle, mais elle exige qu’on la respecte et qu’on la connaisse bien.
